L’ancien patron de l’Agence nationale de renseignements (ANR), Kalev Mutond, est décédé ce lundi 5 octobre à Paris, à l’âge de 69 ans. Figure incontournable de l’appareil sécuritaire sous Joseph Kabila, il aura dirigé les renseignements congolais pendant près de huit ans, avant de devenir l’une des personnalités les plus controversées de l’après-alternance.
Kalev Mutond n’est plus. L’ancien administrateur général de l’ANR s’est éteint à Paris, où il séjournait depuis près d’un an pour des soins médicaux, selon ses proches. Les causes précises de son décès n’ont pas été communiquées.
Son nom reste indissociable d’une période particulièrement sensible de l’histoire politique récente de la République démocratique du Congo.
De 2011 à 2019, Kalev Mutond dirige l’ANR sous la présidence de Joseph Kabila. À la tête de l’un des services les plus stratégiques et les plus discrets de l’État, il devient progressivement une figure centrale du dispositif sécuritaire du régime.
Son influence et son rôle au sein de l’appareil de renseignement lui valent autant de poids politique que de critiques.
Après l’alternance politique de 2019, le nom de Kalev Mutond se retrouve au centre de plusieurs dossiers.
Les États-Unis le sanctionnent. L’Union européenne prend également des mesures restrictives à son encontre. En RDC, des plaintes sont déposées par des personnes qui l’accusent notamment d’arrestations, de tortures et d’enlèvements qui auraient été commis par l’ANR durant sa période de direction.
L’ancien patron du renseignement congolais rejettera toujours ces accusations.
En 2021, lors d’une rare interview accordée à Radio Okapi, il défend son bilan et conteste frontalement les accusations portées contre l’agence.
« L’ANR est victime d’une propagande politicienne », déclarait-il alors, estimant que certains acteurs cherchaient à « salir le service de leur propre pays ».
Il assurait également ne connaître aucun cas d’empoisonnement ou de meurtre imputable à l’ANR durant les années où il y avait travaillé.
Après plusieurs mois passés à l’extérieur du pays, Kalev Mutond rentre en RDC en août 2022.
Une année plus tard, son dossier connaît un nouveau tournant. En août 2023, le procureur général près la cour d’appel de Kinshasa-Gombe annonce la suspension de l’avis de recherche qui le visait, estimant que les motifs ayant justifié cette mesure « ne subsistent plus ».
Le retour de Kalev Mutond sur le sol congolais intervient ainsi dans un contexte où la pression judiciaire qui pesait sur lui commence progressivement à s’atténuer.
Autre tournant : le 19 juin 2023, l’Union européenne retire Kalev Mutond de sa liste de personnes faisant l’objet de mesures restrictives.
La décision concerne également Emmanuel Ramazani Shadary.
Le Conseil de l’UE explique cette évolution par les arrêts rendus en mars 2023 par le Tribunal de l’Union européenne. Les deux hommes avaient auparavant été sanctionnés notamment pour leur implication présumée dans des violations des droits humains et dans l’entrave au processus électoral de 2018.
Cette levée ne signifiait toutefois pas la disparition du régime européen de sanctions. Le Conseil de l’UE précisait que les mesures restrictives restaient applicables à 15 autres personnes.
La disparition de Kalev Mutond referme ainsi une page particulière de l’histoire politique et sécuritaire de la RDC.
Ancien homme fort des renseignements sous Joseph Kabila, cible de sanctions internationales et d’accusations qu’il a toujours contestées, puis bénéficiaire de la levée de certaines mesures restrictives, Kalev Mutond laisse derrière lui un parcours marqué par le secret, le pouvoir et la controverse.
Sa mort risque désormais de raviver les interrogations sur les années durant lesquelles il dirigeait l’ANR et sur les nombreux épisodes, connus ou restés dans l’ombre, qui ont marqué cette période.
À 69 ans, l’ancien patron des renseignements congolais disparaît, emportant avec lui une partie des secrets d’une époque dont il fut l’un des acteurs les plus puissants.
rédaction
